
On compte dans le monde peu de régions où le travail de l' homme s' est si harmonieusement inséré dans la nature comme en
Toscane. Si cet équilibre est malheureusement en train de se détériorer autour des grands centres urbains, il est heureusement encore valable à la campagne, où l' on ressent encore l' impression de «nature civile» que les peintres primitifs et de la
Renaissance de notre région nous ont transmise.
Ici au
château de Montegufoni, les ondes des collines tout autour de nous se voilent d' azur en s' éloignant, dans un panorama libre à perte de vue; sur les cimes, les maisons caractéristiques de l'
habitat toscan laissent entrevoir çà et là d' autres tours de châteaux entourés de quelques cyprès, qui se dressent sur des étendues de terres cultivées en descendant doucement vers des gorges buissonneuses.
Selon Giovanni Papini, écrivain italien né à Florence, «La pauvre campagne, nue, sans étalage de teintes, sans odeurs et festons païens, mais si intime, si familière, si proche de la sensibilité délicate, des pensées des solitaires».
Qui visite ' Florence admire les oeuvres des grands artistes de la Renaissance, mais c' est ici qu' on découvre l' atmosphère excitante, sentimentale et morale, qui les a vues naître.
Le château conserve encore une certaine touche moyenâgeuse qui se fond cependant rapidement et sans contradiction aux traits solaires et raffinés de la
Renaissance.
Au-delà de l' imposante façade austère, la cour centrale donne d' abord un sens net de sévérité, qui devient bientôt un sentiment de vie forte mais brillante et délicate, à travers les salons ensoleillés par leurs grandes fenêtres, l' enchaînement des pièces, le dégradé des jardins, jusqu' à être plongés dans le salon du dix-huitième et dans son
atmosphère plus vaporeuse et recherchée.
Voilà une sensation de vie en contact avec les problèmes de la matière et de l' esprit. Outre au désir immédiat de rapport et de collaboration, on perçoit la sensibilisation nerveuse de la propre individualité: on sort tout à coup du gris quotidien de l' anonymat ou de la pseudo-notoriété de la cronique pour entrer en contact avec le lien excitant, mystérieux et poignant de l' histoire.